Méthode

Ce qu'une machine vérifie, ce qu'elle est incapable de vérifier, et ce qui est écrit quand la réponse honnête est « on ne sait pas ».

Ce que vous lisez

16 fiches, une par idée reçue, formulée telle qu'on l'entend vraiment. Chacune commence par la réponse courte — deux ou trois phrases, celles qu'on peut opposer à table — puis développe, s'appuie sur les passages du texte, donne un exemple contemporain et affronte les objections.

Ces objections ne sont pas décoratives. Chacune est écrite dans les mots d'un contradicteur, et chacune reçoit une réponse : une objection exposée puis laissée en plan donnerait le dernier mot à celui qui la formule. Le contrôle compte les unes et les autres, et refuse la publication quand les deux nombres diffèrent.

Chaque fiche se termine par quelques questions, dont les réponses renvoient au passage précis qui les contient.

Une citation n’est jamais retapée

35 citations, tirées de 10 œuvres. Aucune n'a été recopiée à la main, et c'est la règle dont tout le reste découle.

Le passage est découpé directement dans le fichier de l'œuvre par un outil qui refuse toute amorce ambiguë — si le début du passage apparaît deux fois dans le chapitre, il s'arrête plutôt que de découper au mauvais endroit. La fiche, elle, ne contient qu'un identifiant : le texte affiché est injecté à la fabrication du site, depuis la base de citations.

À chaque mise en ligne, chaque citation est relue dans son fichier source, à la page ou au chapitre annoncés. Le contrôle absorbe les défauts d'un texte numérisé — césures, apostrophes espacées, accents perdus — mais jamais une différence de contenu. Un mot en trop ou en moins fait échouer la publication du site entier.

Ce que la machine ne vérifie pas

Elle contrôle la fidélité d'une citation, pas la justesse d'un raisonnement. La distinction est essentielle, et il vaut mieux la dire que la laisser deviner.

Un chiffre, en particulier, n'a pas d'équivalent local contre lequel être relu : il n'existe pas de fichier source où vérifier « 17,4 % ». Les 17 données chiffrées portent donc leur organisme, leur publication, leur adresse et leur date de consultation, et un contrôle signale celles qui datent de plus de douze mois. Il dit si la référence est complète et si elle a vieilli ; il ne dit pas si le chiffre est exact. Cela demande une relecture humaine, source par source.

Sont attrapées : une citation altérée ou déplacée, une référence incomplète, une réserve d'interprétation qu'une source impose et qui n'a pas été reprise dans la fiche. N'est pas attrapée : une erreur de jugement.

Trois registres, jamais confondus

Un chiffre de l'Insee, une thèse de Marx et une position assumée par la rédaction ne se démontrent pas de la même façon. Les fondre dans un même ton d'évidence serait le moyen le plus simple de tromper un lecteur sans écrire un seul mot faux. D'où trois marques distinctes, que vous croiserez dans les fiches — en voici la démonstration, sur des exemples qui en sont tirés.

Un fait mesuré, publié par un organisme identifié, à une date donnée. Il se conteste en produisant une autre mesure.

Une explication, cohérente et argumentée, qui repose sur la théorie de la valeur-travail et qui a des concurrentes. Ce n'est pas un fait mesuré, et rien ne gagnerait à le faire passer pour tel.

Ce qui est avancé ici en propre, une fois les deux premiers registres exposés. Vous pouvez le refuser sans rien retirer de ce qui précède.

Les éditions et les traductions

Marx est mort en 1883 : son œuvre appartient à tous. Ses traductions françaises, non — une traduction est une œuvre à part entière, protégée au profit de son traducteur. C'est la difficulté la moins visible et la plus tenace de ce travail.

Sur les 35 citations publiées, 21 proviennent d'éditions dans le domaine public et 9 d'éditions encore protégées — celles-ci sont de courts passages, cités à l'appui d'un propos critique, avec l'indication précise de leur provenance. Restent 5 citations dont le statut n'a pas pu être établi, faute d'avoir identifié la traduction employée. Ces références-là portent la mention [À VÉRIFIER], qui reste affichée tant que la question n'est pas tranchée : une dette de recherche s'écrit, elle ne se masque pas.

Sous une citation figurent l'auteur, l'œuvre et l'endroit exact d'où le passage est tiré — ce qui permet d'aller y voir. Le traducteur, l'éditeur et l'année sont consignés dans les sources du projet plutôt qu'affichés à chaque fois, pour ne pas alourdir la lecture ; ils sont communicables à l'adresse indiquée plus bas.

Les fichiers eux-mêmes — livres numérisés, index de texte intégral — ne sont ni publiés ni redistribués. Ce qui est fait ici, c'est citer des œuvres, pas les diffuser.

Ce qui est refusé

  • Jamais un chiffre, une citation ou une référence inventés. En cas de doute, la mention [À VÉRIFIER] est affichée plutôt que comblée par une valeur plausible. Une dette qui se voit vaut mieux qu'un trou rebouché.
  • Jamais une objection sans réponse, ni une objection choisie parce qu'elle est facile. Quand une objection tient, cela est écrit.
  • Jamais un verdict avant l'examen. Sur les questions les plus difficiles — l'URSS, la pauvreté, la nature humaine —, les fiches séparent ce que l'idée reçue dit d'exact et ce qu'elle escamote, avant de conclure. La conclusion est parfois « en partie exact ».
  • Aucune monétisation. Ni publicité, ni affiliation, ni appel aux dons, ni vente. Rien à vendre, donc rien à ménager.

Reste ce qui manque, et qui est consigné hors de vue : la liste des passages qui gagneraient à s'appuyer sur un texte pas encore extrait. Ces arguments-là sont tenus par le raisonnement, jamais par une citation qui n'existe pas.

Signaler une erreur

Une citation fautive, une référence inexacte, un chiffre périmé, un raisonnement qui cloche : contact.larmedelacritique@protonmail.com.

Le contrôle automatique attrape les altérations. Les erreurs de lecture, elles, se signalent à la main — et une correction argumentée sera toujours mieux reçue qu'un silence poli.

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