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Lexique · Le mouvement

Accumulation du capital

Aussi : accumulation primitive · concentration du capital · centralisation du capital

Qu'est-ce que l'accumulation du capital ?

Chez Marx, l'accumulation est la transformation d'une partie de la plus-value en capital nouveau : ce que les salariés ont produit au-delà de leur salaire sert à agrandir le capital qui les emploie.

Ce que ce n'est pas

Ce n'est pas l'épargne. Mettre de l'argent de côté, c'est le retirer de la circulation. Accumuler, au sens de Marx, c'est au contraire le relancer dans la production : acheter de nouvelles machines, embaucher, ouvrir un site, pour produire davantage de plus-value.

Ce n'est pas une affaire de goût personnel pour l'argent. Le capitaliste n'accumule pas parce qu'il est avare. La concurrence ne lui laisse pas le choix : un capital qui ne grandit pas finit par être dépassé.

Ce n'est pas l'« accumulation primitive ». L'expression désigne autre chose : la manière dont le capitalisme est né, par la séparation des producteurs d'avec leurs moyens de production (dernière question).

Ce que Marx écrit

Après avoir montré d'où vient la plus-value, Marx renverse la question :

Dans les sections précédentes nous avons vu comment la plus-value naît du capital ; nous allons maintenant voir comment le capital sort de la plus-value. Si, au lieu d’être dépensée, la plus-value est avancée et employée comme capital, un nouveau capital se forme et va se joindre à l’ancien. On accumule donc en capitalisant la plus-value.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXIV Transformation de la plus-value en capital, I Reproduction sur une échelle progressive — Comment le droit de propriété de la production marchande devient le droit d’appropriation capitaliste.

Le mouvement fait une boucle. La plus-value sort du capital ; une partie de la plus-value redevient capital ; ce capital accru produit plus de plus-value. Le capital grandit avec le travail non payé qu'il a lui-même extrait.

En détail

Ce qui se reproduit. L'accumulation ne produit pas seulement des marchandises et du capital. Elle reproduit, à une échelle chaque fois plus grande, les deux classes qu'elle met face à face.

Le procès de production capitaliste considéré dans sa continuité, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value ; il produit et éternise le rapport social entre capitaliste et salarié.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXIII Reproduction simple.

À la fin de chaque cycle, le salarié a de quoi vivre jusqu'au suivant ; le propriétaire a un capital accru. Rien, dans le mouvement lui-même, ne change les positions.

Une contrainte, pas un penchant. Marx insiste : l'accumulation est imposée à chaque capitaliste de l'extérieur.

Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l’accroître, et il ne peut continuer de l’accroître à moins d’une accumulation progressive.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXIV Transformation de la plus-value en capital, III Division de la plus-value en capital et revenu.

Une entreprise qui ne réinvestit pas voit ses concurrentes produire moins cher, gagner des marchés, et finit par disparaître. C'est ce qui donne au mouvement son caractère sans fin. Marx résume la morale qu'en tirait l'économie politique de son temps :

Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d’ordre de l’économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXIV Transformation de la plus-value en capital, III Division de la plus-value en capital et revenu.

Ce n'est pas un slogan de Marx, mais le mot d'ordre qu'il prête à l'économie politique bourgeoise : il décrit une logique adressée au capitaliste, pas un vice qu'il reprocherait à un individu.

Le luxe aussi. L'accumulation n'empêche pas le capitaliste de dépenser. Marx remarque même que le luxe finit par servir l'accumulation :

Mais le progrès de la production ne crée pas seulement un nouveau monde de jouissances : il ouvre, avec la spéculation et le crédit, mille sources d’enrichissement soudain. À un certain degré de développement, il impose même au malheureux capitaliste une prodigalité toute de convention, à la fois étalage de richesse et moyen de crédit. Le luxe devient une nécessité de métier et entre dans les frais de représentation du capital.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXIV Transformation de la plus-value en capital, III Division de la plus-value en capital et en revenu — Théorie de l’abstinence.

Un exemple d'aujourd'hui

Une chaîne de salles de sport réalise un bénéfice. Ses dirigeants pourraient le distribuer en totalité aux actionnaires ; ils en réinvestissent une large part pour ouvrir de nouvelles salles, parce que des concurrents s'installent dans les mêmes villes et qu'une chaîne qui n'ouvre plus de salles perd sa place. Les nouvelles salles emploient de nouveaux salariés, dont le travail produira la plus-value qui financera les ouvertures suivantes. Au bout de dix ans, la chaîne a racheté deux concurrents plus petits. Accumulation, concentration, centralisation : les trois mouvements que décrit Marx tiennent dans cette histoire ordinaire.

Questions courantes

« Pourquoi une entreprise ne peut-elle pas se contenter de ce qu'elle a ? »

Réponse. Parce que la concurrence l'en empêche. Celle qui cesse d'investir est rattrapée par celles qui continuent, et la sanction est réelle.

Une défaillance est l'ouverture d'une procédure judiciaire, pas nécessairement une disparition ni une faillite personnelle du dirigeant, et l'immense majorité concerne de très petites entreprises. Le chiffre ne dit rien de ce que perdent ceux qui la subissent, salariés comme dirigeants ; il établit que la contrainte n'est pas une figure de style.

« Pourquoi les grandes entreprises deviennent-elles toujours plus grandes ? »

Réponse. Par deux mouvements, que Marx distingue. La concentration : chaque entreprise grandit en réinvestissant ses propres profits. La centralisation : des entreprises existantes fusionnent ou se rachètent.

Ce n’est plus la concentration qui se confond avec l’accumulation, mais bien un procès foncièrement distinct, c’est l’attraction qui réunit différents foyers d’accumulation et de concentration, la concentration de capitaux déjà formés, la fusion d’un nombre supérieur de capitaux en un nombre moindre, en un mot, la centralisation proprement dite.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXV Loi générale de l’accumulation capitaliste, II Changements successifs de la composition du capital dans le progrès de l’accumulation et diminution relative de cette partie du capital qui s’échange contre la force ouvrière.

Le moteur de la centralisation est la concurrence par les prix :

La guerre de la concurrence se fait à coups de bas prix. Le bon marché des produits dépend, cæteris paribus, de la productivité du travail, et celle-ci de l’échelle des entreprises. Les gros capitaux battent donc les petits.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXV Loi générale de l’accumulation capitaliste, II Changements successifs de la composition du capital dans le progrès de l’accumulation et diminution relative de cette partie du capital qui s’échange contre la force ouvrière.

Les grandes entreprises produisent à plus grande échelle, donc moins cher ; elles éliminent ou absorbent les petites. Le crédit accélère le mouvement, en permettant de racheter un concurrent avec de l'argent emprunté. La tendance n'empêche pas de nouvelles petites entreprises de naître sans cesse, dans des branches nouvelles ou délaissées ; elle décrit le mouvement des branches établies.

« Marx a-t-il prédit que les ouvriers seraient de plus en plus pauvres ? »

Réponse. Il a écrit des phrases qui le disent, et c'est l'énoncé du Capital qui a le plus mal vieilli.

Il en résulte que, quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s’accumule.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXV Loi générale de l’accumulation capitaliste, IV Formes d’existence de la surpopulation relative — La loi générale de l’accumulation capitaliste.

Et deux phrases plus loin :

C’est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte qu’accumulation de richesse à un pôle, c’est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage, au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXV Loi générale de l’accumulation capitaliste, IV Formes d’existence de la surpopulation relative — La loi générale de l’accumulation capitaliste.

Dans les pays développés, le niveau de vie moyen des salariés a monté sur un siècle et demi. Employer ces phrases sans le dire serait indéfendable. Marx y décrit une tendance interne à l'accumulation, et il a précisé lui-même, un peu plus haut dans la même section, qu'elle est contrariée :

Voilà la loi générale, absolue, de l’accumulation capitaliste. L’action de cette loi, comme de toute autre, est naturellement modifiée par des circonstances particulières.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, CHAPITRE XXV Loi générale de l’accumulation capitaliste, IV Formes d’existence de la surpopulation relative — La loi générale de l’accumulation capitaliste.

Parmi ces « circonstances particulières », l'histoire a compté les luttes syndicales, le droit du travail, la protection sociale, que Marx n'ignorait pas mais dont il ne pouvait pas mesurer l'ampleur future. Lu comme une tendance et non comme une prophétie, le passage décrit un rapport : la richesse s'accumule d'un côté, la dépendance de l'autre — même quand les salaires montent.

« La croissance sans fin est-elle compatible avec les limites de la planète ? »

Réponse. Marx n'a pas posé la question dans ces termes, mais il a vu le problème à propos de l'agriculture.

En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XV — Machinisme et grande industrie, X Grande industrie et agriculture.

Et il en tire une conclusion générale :

La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XV — Machinisme et grande industrie, X Grande industrie et agriculture.

« Qu'est-ce que l'accumulation primitive ? »

Réponse. C'est le processus historique par lequel une partie de la population a été séparée de ses moyens de production, et une autre en est devenue propriétaire. Les économistes de son temps l'expliquaient par l'épargne des uns et la paresse des autres ; Marx se moque de ce récit :

Cette accumulation primitive joue dans l’économie politique à peu près le même rôle que le péché originel dans la théologie.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XXVI — Le secret de l’accumulation primitive.

Le « péché originel » des économistes est une fable morale : il y aurait eu, autrefois, une élite laborieuse et économe, et une masse de paresseux. Marx lui oppose l'histoire réelle de l'Angleterre — paysans chassés des terres, terres communes clôturées, lois contre les vagabonds — qui a créé d'un côté des propriétaires, de l'autre des gens qui n'avaient plus que leur force de travail à vendre.

Pour comprendre pourquoi

Cette réponse peut servir à quelqu’un d’autre.

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