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Lexique · Ce que possède l’autre
Capital constant et capital variable
Aussi : capital constant · capital variable · composition du capital · composition organique du capital
Qu'est-ce que le capital constant et le capital variable ?
Chez Marx, le capital constant est la part du capital avancée en moyens de production, qui transmet sa valeur sans l'augmenter ; le capital variable, la part avancée en salaires, la seule qui produit une valeur nouvelle.
Ce que ce n'est pas
Ce n'est pas une distinction comptable. Dans un compte de résultat, salaires, matières premières et amortissement des machines sont des charges comme les autres. Marx les sépare parce qu'ils ne jouent pas le même rôle dans la formation de la valeur, et c'est précisément ce que la comptabilité ne montre pas.
« Variable » ne veut pas dire que les salaires changent souvent. Le mot désigne ce qui se passe pendant la production : la valeur avancée en salaires ressort plus grande qu'elle n'est entrée. La valeur avancée en machines et en matières ressort telle quelle, transférée dans le produit.
Ce n'est pas la distinction entre capital fixe et capital circulant. Celle-ci, reprise des économistes classiques, sépare ce qui s'use sur plusieurs cycles — les machines, les bâtiments — de ce qui est consommé en une fois — les matières, les salaires. Les matières premières sont du capital circulant, mais du capital constant. Marx traite de cette autre distinction dans le livre II du Capital.
Ce que Marx écrit
Marx sépare les deux parts du capital selon ce qu'il advient de leur valeur. D'abord celle qui sert à acheter les moyens de production :
Dans le cours de la production, la partie du capital qui se transforme en moyens de production, c’est‑à‑dire en matières premières, matières auxiliaires et instruments de travail, ne modifie donc pas la grandeur de sa valeur. C’est pourquoi nous la nommons partie constante du capital, ou plus brièvement : capital constant.
Puis celle qui achète la force de travail :
Cette partie du capital se transforme sans cesse de grandeur constante en grandeur variable. C’est pourquoi nous la nommons partie variable du capital, ou plus brièvement : capital variable.
La part variable « se transforme de grandeur constante en grandeur variable » : l'employeur avance une somme fixe en salaires, et cette somme, une fois la force de travail mise en œuvre, a produit une valeur plus grande. L'écart est la plus-value.
En détail
Ce que fait un moyen de production. Une machine qui coûterait cent mille euros et durerait dix ans transmettrait chaque année, en moyenne, dix mille euros de valeur aux produits fabriqués. Pas un de plus.
On voit ici d’une manière frappante qu’un moyen de production ne transmet jamais au produit plus de valeur qu’il n’en perd lui-même par son dépérissement dans le cours du travail.
Les matières premières, elles, passent entièrement dans le produit en une fois. Dans les deux cas, la valeur est conservée et transférée, non accrue. C'est le travail vivant qui la conserve, en utilisant les machines et en transformant les matières, et qui ajoute en même temps une valeur nouvelle.
La composition du capital. Le rapport entre les deux parts change d'une branche à l'autre et d'une époque à l'autre. Marx l'appelle la composition du capital.
La composition du capital se présente à un double point de vue. Sous le rapport de la valeur, elle est déterminée par la proportion suivant laquelle le capital se décompose en partie constante (la valeur des moyens de production) et partie variable (la valeur de la force ouvrière, la somme des salaires). Sous le rapport de sa matière, telle qu’elle fonctionne dans le procès de production, tout capital consiste en moyens de production et en force ouvrière agissante, et sa composition est déterminée par la proportion qu’il y a entre la masse des moyens de production employés et la quantité de travail nécessaire pour les mettre en œuvre.
Une raffinerie de pétrole a une composition très « lourde » : énormément de capital constant, peu de salariés. Un cabinet de conseil ou une entreprise de nettoyage, l'inverse. Marx appelle composition organique la composition-valeur considérée en tant qu'elle reflète la composition technique.
Pourquoi la distinction compte. Elle permet de mesurer l'exploitation correctement. Rapporter la plus-value au capital total — machines comprises — donne le taux de profit, un chiffre souvent modeste. La rapporter au seul capital variable donne le taux de la plus-value, qui dit quelle part de la journée de travail n'est pas payée. Marx montre, sur un exemple, que le second peut être plus de cinq fois supérieur au premier.
Un exemple d'aujourd'hui
Une entreprise de logistique ouvre un entrepôt. Elle avance de l'argent pour trois choses : le bâtiment et les rayonnages, les convoyeurs et les logiciels, les emballages et l'énergie — c'est le capital constant ; les salaires des préparateurs de commandes — c'est le capital variable. À la fin de l'année, ce qu'elle a facturé couvre l'usure du bâtiment et des machines, les emballages consommés, les salaires, et laisse un surplus. Pour Marx, ce surplus ne vient ni des rayonnages ni des convoyeurs, qui n'ont fait que transmettre leur valeur : il vient du travail des préparateurs, au-delà de ce que vaut leur salaire.
Questions courantes
« Si seuls les salariés créent de la valeur, pourquoi les entreprises les remplacent-elles par des machines ? »
Réponse. Parce qu'une entreprise qui s'équipe la première gagne davantage — pour un temps. Produisant moins cher que ses concurrentes, elle vend au prix courant et empoche la différence.
cette plus-value extra disparaît dès que le nouveau mode de production se généralise et qu’en même temps s’évanouit la différence entre la valeur individuelle et la valeur sociale des marchandises produites à meilleur marché.
Quand toutes se sont équipées, l'avantage disparaît, et la course recommence. Chaque entreprise a intérêt à remplacer du travail par des machines ; l'ensemble des entreprises se retrouve avec plus de capital constant pour la même quantité de travail vivant.
« Les machines suppriment-elles des emplois ? »
Réponse. Elles diminuent la part du travail dans le capital, pas forcément le nombre total d'emplois. Marx est précis sur ce point :
À mesure donc que l’accroissement du capital rend le travail plus productif, il en diminue la demande proportionnellement à sa propre grandeur. Ces changements dans la composition technique du capital se réfléchissent dans sa composition-valeur, dans l’accroissement progressif de sa partie constante aux dépens de sa partie variable, de manière que si, par exemple, à une époque arriérée de l’accumulation, il se convertit cinquante pour cent de la valeur-capital en moyens de production, et cinquante pour cent en travail, à une époque plus avancée il se dépensera quatre-vingts pour cent de la valeur-capital en moyens de production et vingt pour cent seulement en travail.
« Proportionnellement » : quand le capital grandit, il emploie plus de travailleurs en nombre, mais moins que ne le ferait un capital de même taille avec l'ancienne technique. Les pourcentages sont un exemple de Marx, pas une mesure. Là où une machine est introduite, l'effet immédiat est clair :
Dans tous les cas sa construction occupe moins d’ouvriers que son emploi n’en déplace.
Ailleurs, l'emploi peut augmenter — Marx l'admet, tout en refusant d'y voir une compensation automatique :
Quoiqu’elle supprime plus ou moins d’ouvriers dans les métiers et les manufactures où elle vient d’être introduite, la machine peut néanmoins occasionner un surcroît d’emploi dans d’autres branches de production, mais cet effet n’a rien de commun avec la soi‑disant théorie de compensation.
Les salariés remplacés ne retrouvent pas d'eux-mêmes un emploi équivalent dans les branches qui se développent : ils rejoignent d'abord ceux qui cherchent du travail, et pèsent sur les salaires.
« Les salaires sont-ils un coût comme les autres ? »
Réponse. Pour la comptabilité, oui. Pour Marx, non : c'est le seul « coût » qui rapporte plus qu'il ne coûte.
C'est ce qui explique un paradoxe apparent. Les entreprises cherchent sans cesse à réduire leur masse salariale, et pourtant elles ne peuvent produire de profit sans employer de salariés. Chacune, prise à part, voit dans les salaires une charge à comprimer ; l'ensemble du système dépend du travail que ces salaires achètent.
« Une entreprise sans salariés peut-elle faire des profits ? »
Réponse. Elle peut en encaisser, oui — mais pour Marx, elle ne les produit pas elle-même. Une société financière qui emploie peu de monde, un propriétaire qui loue ses locaux, une entreprise entièrement automatisée qui vend au prix du marché captent une part de la plus-value produite ailleurs, par le travail des salariés d'autres entreprises. Leurs profits sont réels ; leur source, selon Marx, est dans le travail vivant de l'ensemble de l'économie.
Pour comprendre pourquoi
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