Brouillon — contenu en cours de relecture.

Lexique · La marchandise

Valeur d'échange

Aussi : valeur · prix · forme de la valeur

Qu'est-ce que la valeur d'échange chez Marx ?

Chez Marx, la valeur d'échange est la proportion dans laquelle une marchandise s'échange contre d'autres ; elle est la forme sous laquelle apparaît sa valeur, c'est-à-dire le travail social qu'elle contient.

Ce que ce n'est pas

Ce n'est pas exactement le prix. Le prix est la valeur d'échange exprimée en argent. Mais il peut s'écarter de la valeur — en hausse ou en baisse selon l'offre et la demande —, et certaines choses ont un prix sans avoir de valeur.

Ce n'est pas une propriété de l'objet. Le poids, la couleur, la solidité appartiennent à la chose. La valeur d'échange, non : elle n'apparaît que dans le rapport avec d'autres marchandises, et seulement dans une société où les produits sont échangés.

Ce n'est pas la même chose que la valeur. C'est le point le plus souvent manqué. Marx distingue la valeur — le travail social contenu dans une marchandise — et la valeur d'échange — la forme sous laquelle cette valeur se manifeste dans l'échange. Il commence par parler de valeur d'échange, puis corrige lui-même sa formule (voir les questions courantes).

Ce que Marx écrit

Marx part de ce qui se voit dans l'échange :

La valeur d’échange apparaît d’abord comme le rapport quantitatif, comme la proportion dans laquelle des valeurs d’usage d’espèce différente s’échangent l’une contre l’autre.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre premier. la marchandise, I Les deux facteurs de la marchandise : Valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite (Substance de la valeur. Grandeur de la valeur).

« Apparaît d'abord » : ce passage décrit une apparence, pas la définition de la valeur. Marx part de la surface — un manteau s'échange contre tant de mètres de toile, tant de kilos de café — pour montrer ensuite qu'elle ne suffit pas à comprendre ce qui se passe. Lire cette phrase comme sa théorie de la valeur serait s'arrêter au point de départ.

En détail

Qualité et quantité. Les marchandises sont différentes par leur utilité, et pourtant elles s'échangent dans des proportions précises.

Comme valeurs d’usage, les marchandises sont avant tout de qualité différente ; comme valeurs d’échange, elles ne peuvent être que de différente quantité.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre premier. la marchandise, I Les deux facteurs de la marchandise : Valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite (Substance de la valeur. Grandeur de la valeur).

Un manteau et un sac de riz n'ont rien de commun par leur usage. Si l'on peut écrire « un manteau = cinquante kilos de riz », c'est qu'on les compare sous un autre rapport.

Un troisième terme. Marx en tire la question décisive :

Que signifie cette équation ? C’est que dans deux objets différents, dans 1 quarteron de froment et dans a kilogramme de fer, il existe quelque chose de commun. Les deux objets sont donc égaux à un troisième qui par lui-même n’est ni l’un ni l’autre.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre premier. la marchandise, I Les deux facteurs de la marchandise : Valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite (Substance de la valeur. Grandeur de la valeur).

Ce troisième terme ne peut pas être une propriété physique :

Ce quelque chose de commun ne peut être une propriété naturelle quelconque, géométrique, physique, chimique, etc., des marchandises. Leurs qualités naturelles n’entrent en considération qu’autant qu’elles leur donnent une utilité qui en fait des valeurs d’usage.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre premier. la marchandise, I Les deux facteurs de la marchandise : Valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite (Substance de la valeur. Grandeur de la valeur).

Une fois écartée l'utilité, il ne reste aux marchandises qu'une propriété commune : être des produits du travail humain. Non pas du travail du tailleur ou du riziculteur, avec leurs gestes particuliers, mais du travail humain en général, mesuré par sa durée. C'est ce que Marx appelle la valeur, et c'est elle qui règle les proportions de l'échange.

Une forme sociale. La valeur d'échange n'existe que là où les produits sont faits pour être échangés. Dans une famille paysanne qui produit pour elle-même, les objets ont une utilité, et ont coûté du travail, mais ils ne s'échangent pas : ils n'ont pas de valeur d'échange. C'est la généralisation du marché qui fait du travail contenu dans chaque produit une grandeur comparable à toutes les autres.

Un exemple d'aujourd'hui

Sur un site de petites annonces, un vélo d'occasion s'affiche à 150 euros, une console de jeux à 200, un canapé à 120. Rien de commun entre ces objets, sinon d'avoir un prix, c'est-à-dire de pouvoir s'échanger contre une certaine somme, et donc les uns contre les autres. Pour Marx, ces chiffres ne tombent pas du ciel : derrière eux, il y a la quantité de travail qu'il faut, en moyenne, pour produire un vélo, une console ou un canapé. Les prix de l'occasion, des soldes ou des enchères s'en écartent, parfois beaucoup ; mais ils s'en écartent autour d'un niveau qui, lui, dépend des conditions de production.

Questions courantes

« La valeur d'échange, c'est le prix ? »

Réponse. Le prix est la valeur d'échange exprimée en argent. Mais prix et valeur ne coïncident pas toujours : le prix monte quand la demande dépasse l'offre, baisse dans le cas contraire, et il peut exister sans valeur du tout.

Des choses qui, par elles-mêmes, ne sont point des marchandises, telles que, par exemple, l’honneur, la conscience, etc., peuvent devenir vénales et acquérir ainsi par le prix qu’on leur donne la forme marchandise. Une chose peut donc avoir un prix formellement sans avoir une valeur.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre III — La monnaie ou la circulation des marchandises, I Mesure des valeurs.

Une signature, un titre, une faveur peuvent s'acheter ; ils n'ont pas été produits par un travail, et leur prix n'exprime aucune valeur. Pour Marx, le prix est la forme normale de la valeur, mais une forme qui peut mentir.

« Si la valeur vient du travail, pourquoi les prix changent-ils tout le temps ? »

Réponse. Parce que le prix varie avec l'offre et la demande, et que la valeur elle-même change avec la productivité. Les deux mouvements ne se confondent pas.

Le prix des fraises monte en hiver, baisse en été : ce sont des fluctuations autour d'un niveau. Le prix des téléviseurs a baissé sur des décennies : là, c'est la valeur qui a changé, parce qu'il faut beaucoup moins de travail pour en produire un. Marx soutient que les fluctuations de l'offre et de la demande se compensent à la longue, et que le niveau autour duquel les prix oscillent est réglé par le travail nécessaire à la production. Dans le livre III du Capital, il ajoute une complication : les prix gravitent autour de « prix de production », qui s'écartent des valeurs selon les branches, tout en restant réglés par elles dans l'ensemble.

« Pourquoi Marx dit-il que sa propre formule était fausse ? »

Réponse. Parce qu'il a commencé par la manière de parler courante — « la marchandise est valeur d'usage et valeur d'échange » — et qu'il la rectifie une fois l'analyse faite.

Si donc au début de ce chapitre, pour suivre la manière de parler ordinaire, nous avons dit : la marchandise est valeur d’usage et valeur d’échange, pris à la lettre c’était faux. La marchandise est valeur d’usage ou objet d’utilité, et valeur. Elle se présente pour ce qu’elle est, chose double, dès que sa valeur possède une forme phénoménale propre, distincte de sa forme naturelle, celle de valeur d’échange ; et elle ne possède jamais cette forme, si on la considère isolément.
Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre premier. la marchandise, III Forme de la valeur.

La marchandise a deux faces : une utilité et une valeur. La valeur d'échange n'est pas une troisième chose, c'est la manière dont la valeur se montre — et elle ne se montre que dans le rapport à une autre marchandise : un manteau ne dit pas sa valeur tout seul, il la dit en s'échangeant contre de la toile ou contre de l'argent.

« L'offre et la demande ne suffisent-elles pas à expliquer les prix ? »

Réponse. Pour l'économie dominante, l'offre et la demande, fondées sur les préférences des acheteurs et les coûts des producteurs, déterminent les prix d'équilibre. Pour Marx, elles expliquent les écarts, pas le niveau.

Son argument est le suivant : quand l'offre et la demande s'équilibrent, elles cessent d'agir sur le prix ; il faut donc autre chose pour expliquer pourquoi, à l'équilibre, une voiture coûte plus cher qu'une bicyclette. Cette autre chose est, selon lui, le travail nécessaire à leur production.

Pour comprendre pourquoi

Cette réponse peut servir à quelqu’un d’autre.

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